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Droit d’asile et présomption de minorité : le cas des 15 jeunes de Fougères

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Le 23 octobre 2025, la police a évacué sans prévenir un campement de migrants installé dans le parc de Maurepas à Rennes. Parmi les personnes expulsées, il y avait 15 jeunes âgés de 15 à 17 ans (sauf un qui venait très récemment d’avoir 18 ans). Ces jeunes n’avaient aucune famille en France et vivaient dans des conditions très difficiles. Ce qu’il faut retenir :

Ils ont été emmenés à Fougères sans qu’on leur demande leurs avis ou qu’on leur explique pourquoi et en leur prométant un hébergement et une prise en charge. Ce déplacement brutal  a provoqué des ruptures de suivi administratifs, médical et scolaire pour ces jeunes. 

À leur arrivée, personne ne les attendait : ni la mairie, ni les services sociaux.
Pendant plusieurs jours, ils ont été logés dans des hôtels (d’abord le Campanile, puis le Formule 1), sans nourriture, sans argent, et sans savoir ce qui allait leur arriver.

Le pire ? Ils devaient finalement quitter leur hôtel le 30 octobre, sans solution de repli. En plein mois d’octobre, avec l’hiver qui approche.

Pourquoi c’est grave ?
En France, la loi oblige l’État à protéger les mineurs (les moins de 18 ans). Quand un jeune arrive seul en France, il doit être pris en charge par les services du Département (le Conseil départemental d’Ille-et-Vilaine, dans ce cas). Ici, rien de tout ça n’a été fait, retour sur cet épisode qui a tristement agité Fougères en fin d’année 2025.

Au jour ou je publie cet article, 1/4 de ces jeunes ont été reconnus mineurs par le juge des enfants et confiés à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) et on peut affirmer sans risque que plus de la moitiée seront reconnus mineurs une fois leurs recours traités. 

J’écris cet article pour plusieurs raisons :

  • documenter la solidarité incroyable qui s’est mise en action lors de cette séquence
  • debunker les mensonges et les « légendes » qui en ont découlé
  • dénoncer l’attitude de l’écosystème politique local face aux droits de ces jeunes et à la mobilisation qui s’est créée pour les faire valoir.

Pour commencer et vous aider à comprendre ce qui s’est joué dans le camp de Maurepas à Rennes, Utopia 56 Rennes, Le Préau 35, Le Chandelier et Pluviôse ont réalisé un documentaire sur place qui explique la vie sur le camp et le contexte de l’évacuation.

Le parcours des jeunes : des visages derrière les dossiers

Qui sont ces jeunes ?

Ils s’appellent Ibrahima, Abdoul, Issiaga, Seydouba, Alpha, Shérif, Mamadou, Miguel, Joshua, Sana Mabo, Moïse, Mbemba, Kalou, Hilaire. Ils ont entre 15 et 17 ans (un seul à eu sa majorité récemment) et viennent de pays comme la Guinée, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, ou le Tchad.

Pourquoi ont-ils fui leur pays ?

Certains ont fui la guerre ou les persécutions. D’autres ont quitté leur famille à cause de la pauvreté extrême (pas d’école, pas de travail, pas d’espoir). Tous ont fait un voyage très dangereux pour arriver en France : traversées du désert, de la Méditerranée, passeurs… Ils ont vu, parfois vécu, des des violences et des drames avant d’arriver chez nous.

Leur vie à Fougères :

Les associations et bénévoles ont dû pallier les défaillances de l’État pour leur assurer :

  • De la nourriture (le droit fondamental à l’alimentation n’était pas respecté).
  • Un minimum de sécurité (ils étaient inquiets et vulnérables).
  • Un accès aux soins (certains ont dû se rendre à l’hôpital).

Ce que les bénévoles ont vu :

Des jeunes tristes et stressés, qui ne dormaient pas la nuit mais aussi des moments de joie simple quand des personnes leur ont offert un café, leur ont proposé de faire du vélo avec eux ou ont partagé un repas avec eux. Des liens qui se créent. Une phrase qui résume tout :

« Après avoir interrogé les jeunes, ces derniers se projettent à Fougères, où ils souhaitent trouver un toit, et poursuivre leurs apprentissages. ». – Appel 29.10.2025 de l’interorga

La mobilisation associative et citoyenne : un rempart face à l’abandon

Dès le 24 octobre, un collectif d’associations et de citoyen.es s’est mobilisé pour éviter que ces jeunes ne se retrouvent à la rue. leurs objectifs étaient simples, trouver rapidement des solutions pour un hébergement d’urgence, les nourrir, trouver des vêtements, des loisirs, fournir un soutien moral et matériel, favoriser leur intégration et se mobiliser pour la défense de leurs droits. Parmi eux :

  • La LDH du Pays de Fougères (Ligue des Droits de l’Homme)
  • Les Oiseaux de la tempête
  • Utopia 56
  • Le Préau 35
  • Bienvenue Fougères
  • Le Secours Populaire
  • l’association CARM (Coglais Accueil Réfugiés et Migrants)
  • la CNT Fougères (Confédération Nationale du Travail)
  • le groupe FST (Fougères Soulève-Toi)
  • le GFF (le Groupe Féministe de Fougères)
  • LFI Pays de Fougères (La France Insoumise)
  • l’UCL Fougères (Union Communiste Libertaire)
  • De nombreuse.s bénévoles du pays de Fougères non affilié.es à ces organisations

« Actuellement, quelques associations s’organisent dans l’urgence pour pallier les défaillances de l’État, comme le droit fondamental à l’alimentation, qui plus est pour des mineurs. » – Appel 29.10.2025 de l’interorga

« Des citoyen·nes engagé·es ont aussi noué un lien avec eux : ils ont fait du vélo ensemble, partagé des repas, échangé des histoires, vécu des moments simples de joie et d’humanité. » – extrait du communique de l’interorga « Urgence absolue » du 13 novembre

L’État et le Département n’ont rien fait, en dépit du droit : pas d’hébergement, pas de nourriture, pas d’accompagnement mais aussi, aucune réponse aux demandes des associations et des bénévoles. Un silence d’une violence incroyable. Sans les associations, ces jeunes auraient pu mourrir de faim ou de froid.

Les bénévoles sont épuisé•es, ils.elles travaillent gratuitement, sans moyens et avec la peur constante que les jeunes soient jetés à la rue.
Ils n’ont pas les compétences pour tout gérer : par exemple, comment aider un jeune qui a besoin d’un avocat pour faire reconnaître sa minorité ? Les associations n’ont pas les moyens d’en payer un.

Une manifestation a été organisée le 30 octobre à 10h devant la mairie de Fougères pour exiger une solution d’hébergement d’urgence et l’organisation d’une réunion de crise avec la Préfécture, le Département d’Ille et Vilaine, la Ville de Fougères et les associations. Contrairement à ce qui est dit par la mairie, un mail pour demander une entrevue avec la mairie à bien été envoyé le 29 octobre, avant la manifestation.

Les responsabilités des institutions : État, Département, Ville de Fougères

Pour la Ligue des Droits de l’Homme et en soutien aux associations, nous nous sommes penché•es sur le droit. Les sources sont nombreuses et de Claire Hédon (Défenseur des Droits) à de nombreux élu•es locaux, les droits de ces jeunes sont clairs et sont bafoués sciemment :

  • L’État (via la Préfecture) est responsable de l’hébergement d’urgence pour les personnes en situation de précarité.
  • Le Département (via le Conseil départemental) est responsable de la prise en charge des mineurs non accompagnés (MNA) et la jurisprudence est claire : en cas de contestation de la décision de non-minorité décidée le Département, la présomption de minorité fait que la protection doit être privilégiée. La convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France est très claire à ce sujet.
  • Nous demandions à la mairie un simple rôle de coordination locale et de proposer des solutions temporaires dont elle pourra obtenir le remboursement par l’état et/ou le Département d’Ille et Vilaine.

Malheureusement, l’État que nous avons finalement pu joindre au prix de grandes difficultés et le Département d’Ille et Vilaine, dont les élu•s n’ont même pas daigné répondre à nos nombreuses sollicitations, ont refusé de prendre leurs responsabilités et ont fait le choix de ne pas respecter le droit. Nous n’aurons obtenu une réponse officielle que le lundi 1er décembre après nous être rendu en nombre au CDAS (Centre Départementale d’Action Sociale) à Fougères. 

La mairie de Fougères a d’abord nié son rôle, avant de proposer un hébergement temporaire (jusqu’au 1er décembre). Nous l’avons remercié pour cela même si nous regrttons la violence dont elle a fait preuve ainsi que l’instrumentalisation de la situation de ces jeunes à des fins politiques.

J’ai personnellement été assez choqué d’entendre dans la bouche de M Éric Besson l’argument malhonnête, souvent repris par l’extrême-droite, de « l’appel d’air » quand il a dit lors d’une réunion le 30 octobre à la Mairie « Et si demain il y un autre car, et après demain un autre ? »

Évidemment, si nous pouvions comprendre la surprise de la Mairie face à cette arrivée dont elle n’avait pas été informé, il est important de condamner le non-respect des droits de ces jeunes et les critiques injustes faites à l’encontre des associations et des bénévoles fougerais.es.

« Nous avons souligné que nous n’avons pas été informés, ni concertés avant l’arrivée de ces personnes, parmi lesquelles se trouvent 15 jeunes. Cette situation complexe et très spécifique a fait l’objet d’échanges entre la Ville, l’État, le Département et les interlocuteurs locaux concernés. »

« La municipalité a décidé […] de prendre en charge l’hébergement des 15 jeunes considérés comme des personnes majeures par le Conseil Départemental d’Ille-et-Vilaine à la suite d’une évaluation sociale. » – Communiqué de Louis Feuvrier sur la situation jeunes migrants – 12.11.2025

L’État n’a pas assuré l’hébergement d’urgence, comme le prévoit la loi. Le Département a refusé de les reconnaître comme mineurs, malgré la présomption de minorité. La mairie a accusé les associations de « politisation » au lieu de chercher des solutions.

« Nous regrettons que M. Feuvrier alimente aujourd’hui un confusionnisme dangereux entre défense des droits humains et une qualification aussi fausse qu’injuste d’extrémisme politique. »

« Nous dénonçons le silence coupable de l’État et du Département. Malgré nos multiples sollicitations, les représentants de la préfecture, de la DDETS et du Conseil départemental d’Ille-et-Vilaine restent invisibles et muets. » – Droit de réponse suite aux propos de Mr Feuvrier

Un concert de solidarité transformé en polémique politique

Le 14 novembre 2025, le bar associatif Le Coquelicot a accueilli un concert de soutien aux 15 jeunes migrants de Fougères, avec pour objectif de collecter des fonds et de sensibiliser l’opinion publique à leur situation. L’événement, qui a fait salle comble malgré les pressions, a pourtant été vivement attaqué par l’extrême-droite et certains médias, révélant une stratégie de désinformation et de criminalisation de la solidarité.

L’extrême droite contre Le Coquelicot : une attaque ciblée

Dès l’annonce du concert, le Rassemblement National et des groupes d’extrême droite ont multiplié les attaques contre le bar associatif qu’ils avaient déjà visé en conseil municipal en l’accusant de « programmation militante » (Ouest-France, 15/06/2025).

Le RN a tenté d’obtenir l’annulation du concert, arguant d’une « chanson injurieuse envers la police » interprétée par l’un des groupes (France Bleu, 12/11/2025). Cette tentative d’annulation relevait d’une « censure culturelle », comme l’a également souligné le maire de Fougères, Louis Feuvrier (Ouest-France, 18/11/2025).

Malgré la polémique, le concert a eu lieu et a réuni plus de 200 personnes, prouvant la solidarité de notre territoire et la détermination de notre collectif à ne pas céder aux intimidations.

JT de 8h du 11 décembre 2025

par Écoutez le reportage sur le concert (2min22)

https://unblogmilitant.fr/wp-content/uploads/2026/03/lht-ici-armorique.mp4

Des médias nationaux relaient une désinformation

Certains médias, comme 20 Minutes et Le Journal du Dimanche (JDD), ont repris sans vérification les accusations du maire, qui affirmait que les jeunes migrants étaient « instrumentalisés par La France Insoumise et le Parti Communiste »  (JDD, 01/12/2025 ; 20 Minutes, 01/12/2025). Pourtant, ces allégations sont fausses :

Si une élue LFI était effectivement très engagée, à titre personnel, dans le soutien aux 15 jeunes, aucun élu ou représentant.e du PCF n’a été impliqué activement dans l’organisation des actions du collectif de soutien. On pourrait d’ailleurs reprocher aux 2 autres élu.es du groupe d’opposition au conseil municipal de Fougères « 20000 Maires pour Fougères » de ne pas avoir, à minima, pris la parole publiquement pour soutenir la mobilisation du collectif de soutien.

Lors de la campagne pour les municipales 2026, la Ligue des Droits de l’Homme à sollicité l’ensemble des listes candidates (hors RN) au sujet de leur vision du respect des droits des personnes migrantes et de leur volonté de travail avec les associations de solidarité et la liste « Fougères en Commun », héritière de « 20000 Maires pour Fougères » aura été la seule à ne pas nous répondre. Vraiment dommage pour une liste qui annonce vouloir s’engager pour les solidarités.

Une stratégie de diversion

Plutôt que de répondre aux urgences humanitaires (hébergement, nourriture, soins), certain.es élu.es et médias ont préféré détourner l’attention en diabolisant les associations et en politisant la question migratoire. Comme l’a dénoncé le collectif de soutien :

« Ces jeunes ne sont pas des pions dans un jeu politique. Ils ont besoin de protection, pas de polémiques » – Droit de réponse suite aux propos de Mr Feuvrier

Cette polémique est dangereuse car elle décrédibilise les associations qui agissent dans l’urgence, divise l’opinion publique au lieu de se concentrer sur les droits fondamentaux des jeunes et elle normalise les discours xénophobes en les présentant comme une « opinion légitime ».

La solidarité ne se censure pas et nous nous mobiliserons toujours pour défendre les droits dans le Pays de Fougères et partout où nous le pourrons

Malgré les attaques, le concert a eu lieu, les dons ont été collectés, et la mobilisation à continué. Cette affaire montre que la défense des droits humains est aujourd’hui une bataille politique où l’extrême-droite (parfois aidée par les pouvoirs en place) et certains médias n’hésitent pas à manipuler l’information pour saper la solidarité.

Comme nous l’avions rappelé en réponse aux propos du Maire de Fougères et de l’extrême-droite locale :

Notre collectif continuera à se mobiliser, sans soutien financier public, dans le respect des valeurs de solidarité et de justice qui nous portent, pour que ces jeunes puissent bénéficier d’un accompagnement digne et adapté.

2 Commentaires

  1. papillon

    Merci pour cette mise au point éclairante.

    Réponse
    • Sam

      Merci Papillon. Je me suis dis que c’était important de documenter tout ça pour qu’il en reste quelque chose.

      Réponse

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